dimanche 5 janvier 2014

Paradis




C'est bon tu es prête ?
Alors maintenant ferme les yeux.
Respire lentement.
Imagine.

Voyage.


Tu es là, en face des baies vitrées du Terminal E.
Debout, ton regard s'égare.
Dans le vide, on perd le reflet de tes yeux.
Personne ne saura jamais à quoi tu pensais.

Et pourtant, il est si simple de deviner.
Tu ramasses les grains de sucre tombés à côté du café.
Et prend l'avion sans bagages.
Ne dévoile jamais ton âge.

Tu es le genre de filles qui fait attention au moindre détail sans jamais en dépendre.
On ne sait pas comment te prendre en otage.


Aujourd'hui tu es partie. Loin. L'aile du Boeing 737 sous tes pieds, fendant les nuages.
Tu as laissé au décollage une partie de ta vie. Amis et souvenirs oubliés sans pré-avis.
La seule à faire partie du voyage.



C'est drôle. Tu m'as tourné le dos. Comme à la première fois.
J'ai toujours aimé te reconnaître dans une foule à la simple silhouette. A la couleur de tes cheveux. A l'étincelle brillante de tes boucles d'oreille.
Mains devant les yeux.
- Qui c'est ?
Pas de réponse. Te retournes.
- Alors, qui c'est ?
Silence. Tu as toujours su maîtriser les secondes.
- Qui c'est ? ... C'est... Je..
Piégé. Emprisonné. Impossible de s'échapper.

Les autres ne savent pas ce qu'est la beauté d'un silence.

Les autres ne savent pas. Ce que ça fait, de te voir partir comme le jour où j'ai su te retenir.

Tu es le plus bel échec de ma vie.
Il paraît qu'on apprend de ses erreurs. La seule avec toi aura été de ne pas avoir regardé l'heure.



Le carrelage blanc. Encore et toujours blanc. A perte de vue. Il a toujours détesté ce couloir. Comment réussir à sauver des gens et leur redonner le sourire dans un endroit aussi froid ? Rien à voir avec la chaleur de ce moment. Celui où une petite main serre son doigt.
Aujourd'hui l'électronique a sonné la fin, mis la panique.
Le tempo d'un bip qui ralentit. Un ligne qui s'aplatit.
Sale boulot.
Et puis finalement, de l'autre côté du couloir, ce ne sont pas les mêmes qui pleurent. Les larmes n'ont pas toujours la même valeur. Il porte une blouse aussi blanche que son carrelage. Habit de lumière pour se tapir dans l'ombre. Etanche aux émotions. Pressurisation dans l'avion.



Tout s'arrête sur un bruit incessant, un silence assourdissant.

Les vibrations de la terre qui retombe sur le sol. Ou celles d'un géant d'acier qui décolle.

A l'autre bout du monde. Au milieu de la foule, le dos anonyme que je reconnaîtrai.
Tout effacer.
Recommencer.


C'est un souffle sur le visage. Un parfum qui nous prend en otage. Une image.
Mais avant qu'elle ne laisse tous ses bagages,
Garde là, elle, et partez en voyage.




ß)

3 commentaires:

  1. Réponses
    1. J'avais vu ton commentaire mais n'avais pas pensé à te dire merci. Merci. :)

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  2. Toujours aussi beau, toujours aussi bien écrit. Dans ces textes, on ressent vraiment l'émotion, c'est magnifique.

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