(Et "basculé", c'est vraiment le mot.)
Ce matin là, tout avait commencé comme d'habitude. Exactement comme d'habitude. Trop comme d'habitude.
Une chambre obscure. Une chaine hifi s'allume toute seule, illuminant la pièce de bleu à cristaux liquides. Et la radio envahit ses oreilles.
Le flash info retentit, il est 7h03.
"Aujourd'hui, neige et pluie sur la tranche Est de la France. Alternation entre éclaircies et averses sur l'autre partie. [...] ... affirmerait avoir exécuté un otage français détenu au Mali, en représailles contre l'action armée de la France. On se retrouve dans une demi heure pour le prochain flash."
Le rêve de cette nuit n'était pas très rassurant. Je me lève presque tremblant, sous tension après m'être dépêché et avoir couru partout pendant toute une nuit rêvée. Calmons nous. Ce n'était pas la réalité.
Chorégraphie habituelle. Les quelques minutes que l'on s'accorde après le réveil. Le coup de tension pour rattraper les quelques minutes de retard qu'on a sur l'horaire. Parcours dans le brouillard de l'endormissement. Douche chaude et mise en place musculaire.
Viens alors le moment du petit déjeuner. Un bol. Un verre. Remplis. Rien de bien particulier. Tout commence normalement. Sans bruit. Mécaniquement. Sans la moindre effusion d'anormalité.
Jusqu'à cette seconde.
Cette seconde où... Tout a basculé.
Mon bol, tout ce qu'il contenait, évidemment, et, là encore sans surprise si l'on en convient à la loi de l'emmerdement maximum: dans ma direction.
Mon bol, tout ce qu'il contenait, évidemment, et, là encore sans surprise si l'on en convient à la loi de l'emmerdement maximum: dans ma direction.
Il y a alors ici une seconde fatidique de pénétration, instant de grande précarité mentale:
Prise de conscience de la situation. Constat immédiat et évaluation réflexe d'une ampleur approximative des dégâts, ainsi que de la progression du sinistre.
Lait chocolaté sur jean. Pas encore de sensation de mouillé. Agir vite. Trop tard, commence déjà à traverser. Vite vite, se lever, empêcher cela. Effets du slim: distance réduite entre le tissu et la peau. On continue de progresser dans le dégât. Et voilà, trop tard.
Je suis mouillé et je n'ai pas su agir assez vite. Cette seconde de répit n'aura pas été assez longue.
Là où toute l'histoire devient sadique, c'est lorsque, avec un peu de recul, on constate que notre esprit est capable de réagir suffisamment vite, et avec les bonnes solutions sur une durée pourtant si réduite, mais que notre corps ne suit pas. De cet ensemble aux capacités immenses et aux exploits atrophiés, naît la frustration ultime digne d'une élection présidentielle ratée. On ressort alors un discours de retraité réactionnaire en tête:
"C'était mieux avant." (Et surtout avant que je ne me renverse le bol sur la gueule, avouons le.)
Malheureusement, la bonne volonté ne suffit pas à sauver mes vêtements et mon orgueil de la noyade. C'est ainsi que, dans un élan d'héroïsme et de survie vis-à-vis de l'humidité de mon épiderme, je me déshabillais (presque) entièrement, au beau milieu de ma cuisine. Non, il n'y a là aucune volonté personnelle, ni même fantasme inavoué et dissimulé jusqu'à ce jour, d'exhibitionnisme domestique. Je tenais à le préciser, bande de voyous à l'esprit mal placé.
Ma descente aux enfers du réveil difficile ne s'arrêtait pas là.
Bien que mal en point, il manquait un facteur cruel à l'addition salée (mais surtout chocolatée, à l'image de mes céréales) que j'allais devoir régler.
Seul, dépouillé, je trônais debout l'air hagard (mais bizarrement, un minimum plus éveillé), muni pour seul équipement de décence, d'un caleçon, de chaussettes, et d'une montre au poignet. (pour le caleçon et les chaussettes, je ne juge pas la précision de l'endroit où je les portais très utile.)
La montre.
Symbole du temps qui passe, repère chronologique dans notre vie d'être humain accompli, et indice sur notre existence futile, mais également une source profonde d'emmerdes qui remémore lorsque l'on se risque à lire l'heure qu'elle affiche, à quel point j'étais désormais à la bourre et surtout sans la moindre dignité prête à emmener avec moi en cours.
Il y a ces moments où l'on se félicite d'ailleurs d'être seul à la maison, se chuchotant à soi-même: "Ah si ces cons savaient... Ah si ils se rendaient compte des situations honteuses dans lesquelles je suis capable de m'enfouir, et profondément... !"
Le constat est beau. Mais inutile pour m'extraire de la précarité vestimentaire.
C'est donc avec la plus grande motivation, et surtout par instinct de survie, que l'objectif "Réparation des dégâts" s'affiche en gros dans ma tête, en lettres rouges qui clignotent. (comme ça je les vois bien, dans ma tête.)
L'organisation se révèle être alors la clé de la ponctualité. Garder un esprit de logique. Faire des sacrifices. Trouver le compromis.
Trouver le compromis est un acte que l'on retrouve régulièrement en politique.
En général, un peuple nous reproche quelque chose alors pour éviter de se faire casser la gueule on décide d'envoyer un de ses camarades au front. Et pendant ce temps-là, hop, on se fait discret et surtout surtout on arrête de faire trop de conneries d'un seul coup, quand on en est capable. Au pire, on étale un peu sur la durée. (Faut-il encore que la durée soit assez longue, mais ça c'est une autre histoire).
Et bien là, la démarche nécessaire ressemblait un peu à ça, je crois.
Pour ne pas me faire casser la gueule j'ai donc, dans un premier temps, commencé par tout nettoyer. En caleçon. Un grand moment de solitude, croyez moi. On se croirait dans un carton. (il est conseillé à ceux qui comprendront cette référence d'effacer cette épisode de leurs mémoires). (et non, je n'ai pas de problème d'exhibitionnisme, arrêtez maintenant !).
La deuxième étape consiste à éviter de recommencer. Ce qui, dans le cas contraire serait quand même un comble. Et un signe d'idiotie monstre.
Puis, enfin, finir de me préparer et me rhabiller, pour éviter d'avoir fait tout ça pour rien. Car, non, je n'aurais pas assumé d'aller en cours dans cet état. Je crois que je me suis jamais habillé aussi vite de ma vie. Il me restait en effet -2 minutes pour ne pas rater mon bus.
J'ai marché.
J'ai marché vite.
Marché encore plus vite.
Et mon bus était...
...
(Là c'est du suspens. Je dose.)
Mon bus était...
Il n'était pas encore passé. Impeccable. Situation rattrapée.
Et alors là, vous n'imaginez pas l'immeeeeense satisfaction personnelle qui en découle. On commence à se prendre pour James Bond. Et on fait le malin. Les plus insupportables iraient même jusqu'à en rédiger un article sur le oueb. Ceux-là, ils feraient mieux de s'exiler ailleurs pour nous faire des vacances.
Oh, ça tombe bien, j'en prends moi-même cette semaine. (héhéhé).
Trouver le compromis est un acte que l'on retrouve régulièrement en politique.
En général, un peuple nous reproche quelque chose alors pour éviter de se faire casser la gueule on décide d'envoyer un de ses camarades au front. Et pendant ce temps-là, hop, on se fait discret et surtout surtout on arrête de faire trop de conneries d'un seul coup, quand on en est capable. Au pire, on étale un peu sur la durée. (Faut-il encore que la durée soit assez longue, mais ça c'est une autre histoire).
Et bien là, la démarche nécessaire ressemblait un peu à ça, je crois.
Pour ne pas me faire casser la gueule j'ai donc, dans un premier temps, commencé par tout nettoyer. En caleçon. Un grand moment de solitude, croyez moi. On se croirait dans un carton. (il est conseillé à ceux qui comprendront cette référence d'effacer cette épisode de leurs mémoires). (et non, je n'ai pas de problème d'exhibitionnisme, arrêtez maintenant !).
La deuxième étape consiste à éviter de recommencer. Ce qui, dans le cas contraire serait quand même un comble. Et un signe d'idiotie monstre.
Puis, enfin, finir de me préparer et me rhabiller, pour éviter d'avoir fait tout ça pour rien. Car, non, je n'aurais pas assumé d'aller en cours dans cet état. Je crois que je me suis jamais habillé aussi vite de ma vie. Il me restait en effet -2 minutes pour ne pas rater mon bus.
J'ai marché.
J'ai marché vite.
Marché encore plus vite.
Et mon bus était...
...
(Là c'est du suspens. Je dose.)
Mon bus était...
Il n'était pas encore passé. Impeccable. Situation rattrapée.
Et alors là, vous n'imaginez pas l'immeeeeense satisfaction personnelle qui en découle. On commence à se prendre pour James Bond. Et on fait le malin. Les plus insupportables iraient même jusqu'à en rédiger un article sur le oueb. Ceux-là, ils feraient mieux de s'exiler ailleurs pour nous faire des vacances.
Oh, ça tombe bien, j'en prends moi-même cette semaine. (héhéhé).
Non après cette histoire, finalement, deux grands regrets m'envahissent:
- Celui que l'attentat du bol ne figurera pas dans le flash info du lendemain, nos médias corrompus préférant disserter sur des sujets qu'ils ne connaissent pas (et sensiblement moins importants) tels que le terrorisme qui s'attaque à la Nation.
- Le regret que ma période transitoire passée en caleçon n'ai pas été perçue par ma belle-mère, surveillant chez moi avec des jumelles pour se renseigner discrètement sur l'amant de sa fille qui lui sera présenté dans 10 jours; ou mieux, que cette période n'ai pas aboutie sur cette coïncidence de la jeune factrice qui toque à la porte pour un colis...
Ce sera donc pour une prochaine fois.
En attendant, portez-vous bien, et méfiez-vous des bols.
(et sachez également que la blague du petit déjeuner ne me fait plus trop trop rire, voilà).
ß)
Ce sera donc pour une prochaine fois.
En attendant, portez-vous bien, et méfiez-vous des bols.
(et sachez également que la blague du petit déjeuner ne me fait plus trop trop rire, voilà).
ß)



J'adore la tête de suspense de Cyril Hanouna ! :)
RépondreSupprimerTu veux que je te dise ? C'est ma partie préférée du post...
SupprimerT'inquiète nous on t'as vu en caleçon Bastien ;)
RépondreSupprimerC'est marqué "il est conseillé à ceux qui comprendront cette référence d'effacer cette épisode de leurs mémoires" Marion !
Supprimer(Au pire, vous avez qu'à venir à la piscine et ça fait pareil...)